Pourquoi s’intéresser aux racines juives du christianisme ?

Mis à jour le 17/08/2024

Pourquoi un chrétien sans ascendance juive, vivant dans une culture influencée par deux milles ans de christianisme, et bénéficiant des apports de la Réforme et des Réveils, aurait-il besoin de s’intéresser aux racines hébraïques de sa foi ?

Après tout, à la suite de ma ‘nouvelle naissance’ au sortir de l’adolescence, n’ai-je pas vécu des dizaines d’années sans me préoccuper particulièrement de la matrice dans laquelle la foi que je professe est née ? Cela ne m’a pas empêché de construire ma vie, ma famille et mon service chrétien, centré sur Dieu et sur les Écritures. Et c’est vrai… MAIS : …

  • Mais c’était sans compter sur la rencontre du peuple juif et sur les questionnements qu’ont suscité chez moi son mode de vie, sa pérennité et ce que l’Ecriture dit de sa nature et de sa destinée.
  • Mais c’était sans compter sur la découverte de la langue hébraïque qui introduit l’étudiant attentif à une culture, une mentalité, un façonnement de la pensée qui contrastent avec une culture chrétienne significativement hellénisée, latinisée et maintenant occidentalisée.
  • Mais c’était sans compter sur la découverte de la Terre d’Israël, une terre qui parle encore aujourd’hui, et où la Bible prend vie, au pied de chaque vestige, derrière chaque colline, au sommet de chaque montagne, dans chaque désert et auprès de chaque étendue d’eau. Et bien sûr dans les petits enfants qui jouent dans les rues de Jérusalem en criant dans la langue ancestrale ressuscitée à la fin du 19ème siècle.
  • C’était enfin sans compter avec ma lecture des Écritures renouvelée par les trois points précédents. Lecture qui m’a fait réaliser à quel point les éléments juifs de la Révélation ont été oubliés.  Certes, vers 144, l’église a condamné Marcion qui voulait supprimer du canon biblique tout l’Ancien Testament et tout livre ou partie de livre du Nouveau Testament jugé trop juif. Mais malheureusement elle a aussi vu peu à peu sa pensée évoluer et perdre la capacité d’appréhender la vérité selon les catégories de la pensée juive. Le christianisme s’est alors retrouvé extrait de sa matrice originelle, pour devenir une religion autonome, autosuffisante, au risque d’être une religion déracinée. En tout cas, une religion dont les racines juives se limitent souvent à : « Oui mais ça c’était avant… ».

Car l’éloignement réciproque entre le peuple juif et l’église, entre le judaïsme et le christianisme, après la période apostolique, n’a pas été naturel. Il a été forcé. On retrouve des anathèmes des Pères de l’église interdisant une quelconque proximité avec la synagogue jusqu’au sixième siècle de notre ère… La Synagogue, de son côté, a rajouté/ravivé dans sa liturgie une prière que les partisans de la nouvelle foi ne pouvaient prononcer car cela aurait signifié se maudire soi-même (la «bénédiction des minim – des hérétiques»), gênant ainsi fortement leur participation aux offices.

L’œuvre messianique de Jésus avait pourtant « abattu le mur de séparation » entre juifs et non juifs (Eph.2:14), greffant les non-juifs croyants sur Israël et ses patriarches, sans les confondre ni les amalgamer (Rom11:16-18). Mais ce mur a été savamment reconstruit, consolidé et hermétisé depuis des siècles.

La méconnaissance mutuelle engendrée par cette séparation n’a été bénéfique à personne. Elle a notamment contribué à éloigner les juifs de la connaissance d’un homme et d’un message qu’ils ne peuvent plus reconnaître comme étant ‘de chez eux’, selon leurs Écritures et leurs traditions (même si ces dernières décennies de nombreux travaux de savants juifs et non juifs ont réintégré Jésus dans l’héritage du peuple juif). Elle a aussi largement facilité, voire provoqué chez les chrétiens l’inimitié puis la haine anti-juive, préludes aux persécutions antisémites. Chez les chrétiens eux-mêmes, elle a facilité les errances doctrinales et le syncrétisme qui ont plongé des générations dans les ténèbres de l’obscurantisme moyenâgeux, noyant ainsi le message salvateur de l’évangile dans le légalisme, l’idolâtrie et la superstition. Il a fallu les séismes de la Réforme et des Réveils pour provoquer au sein de toute l’église un processus de retour aux sources de la foi biblique.

J’ai cependant l’audace de penser, avec les pères huguenots, que la Réforme n’est pas achevée (semper reformata), et que l’un des aspects qui reste encore à travailler est celui d’un retour du christianisme à son ADN originel. Il est toujours d’actualité de « changer l’expression du christianisme dans le monde » même si cela nécessite parfois de marcher « hors des sentiers battus ». J’ai l’espérance que la démarche de ce blog contribuera, à son petit niveau, non seulement à la concorde et au bien commun, mais aussi à « abaisser les collines et relever les vallées », afin de « préparer le chemin du Seigneur » pour que sa gloire soit manifestée lorsque « tout œil le verra ».  JGT

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